Le syndrome de Stockholm

A la fin de l’hiver dernier, le torchon a failli brûler entre gouvernants et gouvernés. Sans mesures de protection et devant la multiplication des mensonges, le sentiment d’être envoyé à l’abattoir par les décideurs au nom de sordides intérêts économiques prédominait. La dichotomie était claire : d’un côté l’incurie coupable et de l’autre la santé publique prise en otage.

Les libertés tombent désormais une à une sous le joug des mesures répressives. Le couperet de l’arbitraire tombe sur le promeneur se déplaçant au-delà de stupides limites, le travailleur exerçant son métier rendu inutile par décret, le médecin prescrivant un médicament devenu soudain dangereux.  Des voix expertes et lucides alertent pourtant sur une gestion de la santé publique qui ne fait qu’empirer. D’autres dénoncent la spirale infernale des mesures aussi nuisibles qu’inefficaces. Mais la mayonnaise ne prend pas. Les forces libératrices sont inaudibles. A l’heure où les dégâts socio-économiques explosent, aucun signe majeur de révolte n’émerge du troupeau. Bien que la situation ne cesse d’empirer, les permanentes agressions des décideurs fonctionnent toujours à merveille. Les gérants d’établissements sommés de fermer continuent à obéir la queue entre les jambes. Les gamins sont masqués par des parents déchargés de tout scrupule pendant que le corps enseignant applaudit cette torture de masse. Comment une telle emprise est-elle possible ? Comment le peuple peut-il laisser un tel boulevard à son bourreau ?

Des mesures, il en pleut des cordes.  Mais il serait bien ingrat de s’élever contre ce qui a été tant réclamé ! Finalement, les autorités n’ont-elles pas sacrifié l’économie pour protéger la population ? Ne sont-elles donc pas bien magnanimes d’octroyer gracieusement un kilomètre au sportif solitaire ? D’autoriser au restaurateur, réduit à la vente à emporter, de faire le trottoir en attendant la clientèle ? Un léger relâchement de la bride pour Noël sera certainement reçu avec une gratitude attendrie. « Rendez -vous compte, ce n’est quand même pas facile pour eux. Je n’aimerais vraiment pas être à leur place. Et un ministre s’est quand même ému d’une vague de troubles psychosociaux à venir. C’est bien qu’ils font ce qu’ils peuvent ! ». Et lorsque les Mangemorts s’affichent masqués sur les plateaux télés, comment se plaindre devant une telle exemplarité ? Souffrir un peu avec la plèbe est touchant de compassion. Cette miséricorde perdurera sûrement au moins jusqu’à la grande campagne de piquouze. Une solidarité entre le tortionnaire et ses souffre-douleurs, à nous faire pleurer dans les chaumières, est-elle née ?

Et puis, le français se dénigre pour mieux se rêver vertueux. Le moindre souffle de liberté suscite l’aversion. S’éloigner du mensonge confortable pour chercher la vérité paraît prétentieux. Protéger les autres est donc le prétexte attendu de longue date pour partir en croisade contre ces répugnants compatriotes. La santé des uns et des autres est le cadet des soucis. Un masque mal ajusté offre avant tout l’occasion d’un regard noir et d’une leçon de morale jamais osés dans le passé. Il s’agit surtout de châtier le libre-penseur, le réfractaire convaincu ou, plus généralement, toute attitude sceptique devant les mesures. Cette société immorale ne mérite-t-elle pas alors une bonne correction ? Dans ce cas, l’oppresseur a bien entendu raison de mettre le moindre problème sanitaire sur le dos du comportement des français. Au fond, c’est bien à cause de la mentalité de ce pays qu’il faut en passer par la dictature. Peu importe pourquoi, il fallait punir : voilà tout. Le bourreau glisse vers le statut d’une victime réduite à ce rôle par une société viciée. Il a beau frapper toujours plus durement, ses forfaits se justifient.

La mauvaise conscience nationale a rendu possible une entente méphitique entre gouvernants et gouvernés. Le terrain est bien miné pour les forces libératrices qui passeront à l’action. Si des jours moins sombres adviennent enfin, parions qu’un nombre important de victimes de la gestion du covid rêveront avec nostalgie au temps béni où ça filait droit. La correction passagère des travers nationaux a permis ce moment d’harmonie inespérée. D’aucuns garderont des pensées complices envers ceux qui ont osé user de la force sans ciller : jusqu’à intercéder gratuitement en leur faveur ? Le souvenir de la plus belle histoire de sympathie entre bourreaux et victimes en temps de dictature sanitaire reposera bien en terre gauloise. La malheureuse Suède ne connaît pas cette chance pour le moment. C’est donc que le syndrome a quitté Stockholm.

Thaï Thot

Un commentaire

  1. Bonjour, je me demandais où j’avais rencontré pour la première fois la référence au syndrome de Stockholm dans les commentaires sur la crise, et je pense l’avoir retrouvée.

    https://jdmichel.blog.tdg.ch/archive/2020/10/20/covid-19-le-non-sens-309943.html

    C’est donc dans un texte du professeur Badel, psychiatre, régulièrement repris chez J.D. Michel, ici dans un article du 20 octobre. Il y a peut-être (probablement) des références antérieures que j’ai ratées. Cette référence m’est encore revenue spontanément dans un échange récent avec une personne qui souffre de la crise, en voit les conséquences les plus dévastatrices, mais refuse de voir ou au moins d’envisager que la crise est largement engendrée, en tout cas aggravée, par les décisions politiques. Comme si un virus était une simple fatalité qui justifiait la stratégie de la tortue en panique telle que nous l’avons appliquée, avec si peu de nuances. Comme s’il n’était pas possible de regarder les choses avec davantage de recul, de circonspection, et, tout simplement, d’esprit scientifique, dans une crise où l’on nous assomme avec des décisions prétendument appuyées sur la science. A cet égard, le propos du professeur La Scola, rencontré ici, est tout à fait éclairant sur les données scientifiques, et l’incapacité que nous semblons avoir, dans ce pays, à admettre nos erreurs… ce qui nous enfonce dans toujours plus d’erreurs.

    Dans son texte, le professeur Badel nous alerte sur les non-sens nombreux dans cette gestion crisique, et les menaces qu’ils font peser, et se concrétisent de plus en plus. Le non-sens récurrent dans cette période, détruit les repères et la logique usuelle, repoussant la pensée dans le domaine du fantasmatique et du virtuel, générant forcément la confusion, et donc l’incapacité de critiquer la gestion. C’est ce cercle vicieux qui me semble-t-il alimente le syndrome, et dans le même élan, perpétue une crise dont on voit aujourd’hui qu’elle s’auto-alimente d’elle-même par l’escalade des mesures qui crée une escalade de la peur, qui fait réclamer plus de mesures, et ainsi de suite…

    Le salut se trouverait dans la découverte de moyens pour endiguer cette dynamique auto-validante, tel un mouvement perpétuel. Heureusement, et pour un peu d’optimisme, songeons que tous les mouvements perpétuels finissent, en principe, par s’épuiser d’eux-mêmes…

    Bien à vous.

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