Un pas de plus vers l’indignité

Difficile aujourd’hui de choisir entre les actualités. L’indécision progresse entre deux nouvelles valant leur pesant d’or. Au choix : l’Australie confine deux millions de personnes à cause du mensonge d’un pizzaïolo ou, sinon, l’impossibilité de déclarer administrativement l’existence de son enfant après sa naissance, pour cause de quarantaine obligée (l’on apprendra que Monsieur, contaminé, a dû rester chez lui durant l’accouchement de sa femme, positive elle aussi : un exemple touchant de bienveillance). Le thé passe mal ce matin. La revue de presse est un écartèlement constant, plutôt équilibré, entre l’affliction et le burlesque. Chaque quadrige s’épuisant à poursuivre de son côté, tirant de toute ses forces, laissant flotter dans l’air glacé de novembre une vapeur d’eau peu ragoûtante. Il faut dire que tout ça pèse, c’est sûr. Des milliers de morts, des millions, milliards même de confinés, des centaines de millions d’attestations reprises, modifiées, déchirées, jetées, des milliards de milliards de chiffres, statistiques. Mais le temps reste suspendu, la bouche à quelques centimètres de la tasse fumante (J’y repense, ne pas être au côté de sa femme, accouchant, alors qu’elle est déjà positive…), non, décidément, le thé ne passe pas.

Il y a toujours un supplément avec l’avilissement. Des « alors que », des « en plus » ; des millions de magasins vont fermer alors qu’on développe des programmes depuis des années pour revitaliser les centres-villes. Des milliers de vieillards regardent le froid lécher les vitres de leurs hôpitaux (appelons les choses comme elles sont), désespérant d’une visite, alors qu’on parlait déjà de ce sentiment d’abandon ressenti par toute une génération. Mieux encore ; les jeunes seraient frappés bien plus encore par la dépression alors que cette tranche d’âge souffrait déjà d’une anxiété monstre.
La France s’effondre alors qu’elle n’allait pas bien. Les enfants sont masqués alors qu’ils ne risquent rien. Les petits commerces sont bouclés alors qu’ils ne sont pas des lieux de contamination. Des couvre-feux s’imposent alors que les courbes baissent. Des seringues se préparent, toutes frétillantes, humides, alors qu’aucun recul sur le vaccin n’est, pour l’heure, suffisant.


Face au virus, le français bombe le torse, alors qu’il baisse la tête.

Quentin Dallorme

Un commentaire

  1. J’en ai une autre bien bonne…

    https://francais.rt.com/france/81108-absurdistan-stations-sport-dhiver-seront-ouvertes-sans-remontees-mecaniques

    Ou comment ouvrir les stations de ski, alors que les remontées sont arrêtées… quiconque a déjà fait au moins une fois du ski appréciera le degré d’ubuesque dans lequel on se trouve.

    Dans un autre article, Bruno Le Maire sur la proposition allemande de carrément fermer les stations de ski :

    «Cela a toujours été la position exprimée par le président de la République d’avoir sur ce sujet une coordination étroite des pays européens de façon à ce que les uns et les autres ne soient pas pénalisés par les décisions que chacun pourrait prendre»

    Autrement dit : pénaliser tout le monde pour ne pénaliser personne. C’est-y pas beau de voir une coordination presque aussi belle qu’un ballet sur glace ?

    J’avais déjà ça dans un coin de ma tête, mais c’est décidé… Je vais répertorier les mesures et les recommandations les plus formidables à travers le monde, j’en avais déjà sous le coude, et j’avais annoncé qu’on allait atteindre des sommets cet hiver… oui mais sans remontées mécaniques.

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