Mais où est donc passée l’opposition ?

Après plus de six mois de sanitarisme aigu, nous nous intéressons aux postures de l’opposition politique, qu’elle soit drapée de rouge ou de bleu-blanc-rouge. Masque pour les enfants, chômage de masse, faillites… comment réagissent donc nos insoumis, notre Front National ?

Il convient déjà de se relever de leur long silence. Le tournant sanitaire a été accepté avec une forte docilité, quoique plus relative pour le Front National. Aucune remise en question observée quant à la priorisation absolue du covid comme première politique de France. Il faut préciser que cela ne concerne pas Florian Philippot ni Jean-Frédéric Poisson, les seuls à sembler encore soucieux d’un quelconque débat politique qui aurait l’effronterie de s’emparer du champ sanitaire. Pour les autres, que les antifascistes et modérés se rassurent, l’anti-systémisme de nos extrêmes est d’une fougue toute végétale, presque buissonnière. Une douce nichée de chatons ronronnent aimablement lors des conférences de presse. Certes ils s’opposent, jouant des griffes sur tel petit pan de mur, telle moquette parlementaire. Ça remue un peu sur le fauteuil de l’assemblée, les moustaches dressées : « on aurait dû faire mieux, plus vite, plus tôt.. » mais abdiquer ainsi, créer des millions de chômeurs, choisir l’endettement insensé, entériner l’abandon des personnes âgées et surtout appuyer l’invraisemblable politique des tests, absurdement coûteuse, absolument infructueuse, ne semble pas annoncer une révolution prochaine. La sixième république peut bien surgir toute sanitaire, tant qu’elle se proclame citoyenne, pas de souci. Masques patriotiques, seringues sociales et respirateurs écologiques, ça vous chouchoute, ça vous soigne, vous protège avec bienveillance. Une continuité républicaine qui rassure. – Miaou.

La palme revient assurément à Jean-Luc Mélenchon, que d’aucuns auront connu plus impulsif. Il nous aura tout donné au moment des perquisitions mais aucun coup de sang salvateur ne viendra hélas secouer la société désormais bien endormie. Pire, le leader maximo-sanitaire (il faut faire plus !) en appelle à l’auto-isolement des individus à l’hôtel lors d’une contamination : « par amour pour la famille ».  Se séparer d’un membre de la famille lorsqu’il est contagieux c’est du neuf, nouveau socialisme si fraternel qu’il en est diaphane, fade, inodore, absolument conceptuel : oublier les siens pour être solidaire avec les soignants.

Mais on peut le comprendre ; la société entière payée par l’état, ça vous donne un goût de communisme. Les caisses n’ont jamais été aussi pleines – ou vides – c’est selon, pour nos travailleurs. Ça inonde de tous les côtés. L’acceptation de l’urgence sanitaire par nos pôles radicaux en dit long. Pour que le covicommunisme se mette en place, afin de faire tourner la machine, justifier l’intervention de l’État sur tout à tout moment, il fallait bien une crise comme celle que nous vivons. C’est impeccable.

Les deux chefs de l’opposition, LFI et FN, ne sont pourtant pas les moins loquaces lorsqu’il s’agit de démonter point par point telle ou telle réforme gouvernementale. Se peut-il donc qu’ils soient véritablement convaincus de la politique actuelle ? Mais où sont nos gaucho-libertaires qui scandaient « ouvrez une école, vous fermerez une prison » quand les profs aujourd’hui appellent à renvoyer les élèves chez eux par peur des contaminations ? Où sont les cris d’orfraies quant aux interdictions de manifester, comme à l’époque des gilets jaunes ? Les rues désertes des mois durant et les amendes à la pelle pour un footing à plus de 1 km de la résidence ne provoquent visiblement pas de grogne. Macron s’en mord les doigts, un microbe suffisait pour trouver les ronds-points-déserts ! Pas un miaulement, même en plein air !

Masquer les enfants pour leur bien, isoler les personnes-âgées pour leur bien, interdire le travail, pour le bien, il est vrai qu’à consentir, on se sentirait presque un ange. Le paradis socialiste ne serait-il pas sanitaire ? Le confinement made in France ! L’ultra relocalisation des travailleurs, bien enfermés chez eux. Plus besoin de syndicats, après les apéros-zoom, les visio-grèves. Une vraie télé-révolution citoyenne. Toute une clique de libertaires en blouses blanches pavant les places désertes d’intentions bienveillantes.Gauche et droite en réanimation, incubation idéologico-sanitaire, les pudeurs hygiéniques de nos réfractaires nous inquiètent non moins démesurément que l’omnipotente obsession du risque qui les emporte. Peut-on être malade aujourd’hui sans le reprocher au système, au Gouvernement, aux autres ? Doit-on pénaliser la possibilité d’une contamination, même bénigne ?  Jusqu’où peut-on mêler la santé et le gouvernement démocratique ? L’opposition politique de ce pays peut-elle encore prendre du recul, à deux pas d’un tel gouffre idéologique ?

Quentin DALLORME